lundi, 10 novembre 2008
See you later
Voilà dix ans que tu nous prépares à ton départ... a grand renfort de chutes, de maladie, de dialyse, de souffrances...
Dix ans aussi que tu sembles invincible, trouvant toujours un sourire, une plaisanterie. TU es resté dans ton rôle de charmeur jusqu'au bout.
Le temps et la maladie t'ont adouci, et tu es devenu celui que j'imaginais. Jamais parfait. Mais authentique.
Avec tes colères, tes coups de gueules, les jurons qui avaient le droit de sortir de ta bouche (et de la tienne seulement). Toi qui tenais à l'étiquette: champagne servit sur une table à part, vers à vin à droite, queue de la petite cuillère à droite, lame du couteau rentrée sous l'assiette, et dents de fourchettes tournées vers la nappe.
Tu m'en as donné des sueurs froides, à ne plus savoir comment mettre le couvert!
Ta répulsion pour les "culottes en jean" (les Jeans), toi qui aimais l'élégance, les pardessus, les trois pièces, les pochettes.
Il y a environ trois ans et demi, nous nous sommes écrit, comme pour enterrer la hache de guerre. Tu as vu en moi la petite fille digne de tes regards et j'ai vu en toi le grand-père que je pouvais admirer et aimer. Le pardon a coulé dans nos relations, et les sourires francs ont pris leur place.
Tu étais fier de mes études d'histoire, j'étais heureuse de partager ça avec toi. Un point commun avec mon grand-père... Avec celui qui, tout jeune, était entré en résistance, avait passé deux ans en camp de concentration... Celui qui ne s'était pas laissé abattre, mais qui avait construit sa vie solidement, avec la femme qu'il aimait. Mon grand-père le grand homme.
Et voilà qu'aujourd'hui tu nous quittes? "enfin" si j'ose dire, car la vie t'a malmené, et je sais qu'il ait des blessures qui restent trop longtemps cuisantes. Tu étais fatigué de vivre ici, arrivé au bout du rouleau... Tu nous as tout de même réunis autour de ta femme et toi pour vos soixante ans de mariage... Soixante ans... quel score!
Et tu nous quittes, sans que j'ai eu le temps...
Tu te souviens de ce rêve grand-père, l'année dernière, où tu me voyais te présenter un jeune homme, en complet trois-pièces avec pochette, celui qui partagerait ma vie. Ce rêve qui te rendait fier et satisfait. Et puis les commentaires "Ne vas pas trop vite" "Choisis le bien", le souci que tu te faisais de mon bonheur...
Je le choisirais bien, je le promets. J'y mettrais le même soin que celui que tu as mis pour trouver Mam', et je m'appliquerai à l'aimer autant que tu l'aimais Elle. Mais j'aurais tant voulu te le présenter, tant voulu que tu le connaisses... Je l'aurais forcé à porter ce foutu costume pour que tu aies l'oeil qui brille!
Alors, mon cher Grand-père, solide comme un roc, sensible et dur à la fois, charmeur, drôle, ou bien cassant, laisse moi te dire une dernière fois que je t'aime, sincèrement, comme tu es.
See you later...
12:20 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note





























Commentaires
Ecrit par : Mam'zelle Poupée | lundi, 10 novembre 2008
Répondre à ce commentaireQuelle belle lettre.
Je t'embrasse
Ecrit par : lili | lundi, 10 novembre 2008
Répondre à ce commentaireBaisers.
Ecrit par : Eré | lundi, 10 novembre 2008
Répondre à ce commentaireJe t'embrasse
Ecrit par : Miss Babooshka | mardi, 11 novembre 2008
Répondre à ce commentaireJe t'embrasse très très fort et si tu as besoin de parler, n'oublie pas mon mail ;).
Ecrit par : Shopgirl | mardi, 11 novembre 2008
Répondre à ce commentairecourage aussi.
Ecrit par : qq12cyan | mardi, 11 novembre 2008
Répondre à ce commentairej'ai comme Shopgirl l'impression que c'est pas une bonne saison pour les grands pères.
Ecrit par : camille la it girl | mardi, 11 novembre 2008
Répondre à ce commentairecourage.
Ecrit par : MK | mardi, 11 novembre 2008
Répondre à ce commentaireCette déclaration d'amour est aussi touchante que bien écrite, et renvoie à la thématique du pardon, de l'acceptation de la différence, à l'image que nous avons des autres, et que les autres ont de nous.
Tu as la chance d'avoir su saisir le bon moment pour parler de certaines choses qui heurtaient ta conscience, avant que ton grand père s'en aille, et c'est une très belle preuve de courage. Le courage tu en as à revendre, alors je te souhaite juste de continuer sur ta lancée, de continuer à rêver, de continuer à écrire, et de surmonter ce deuil avec la sensibilité qui te caractérise si bien.
Et j'espère que ton grand père sera bien acceuilli par ma grand-mère, qui est elle aussi partie il y a quelques semaines.
Je t'embrasse des dizaines de fois.
Ecrit par : Elea | mercredi, 12 novembre 2008
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