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vendredi, 11 juillet 2008
Le jetable et la Normandie.
On a tous eu un appareil photo jetable. Dont il fallait tourner la molette sans cesse pour faire une photo, celui qui était fâché avec lumière trop forte ou trop faible, cet appareil photo là, celui qui servait nos envies artistiques ou notre "devoir de mémoire". Cet appareil qui paraît ridicule comparé à nos appareil photo numériques, de 7,5 millions de pixels, aux coloris adorables et aux effets multiples (noir et blanc, sépia, bleu, couleur, crépuscule et j'en passe et des meilleurs).
J'ai eu mon premier jetable en Normandie. Nous faisions une correspondance avec une classe de CE2 de Vernon, pas très loin de Rouen. J'ai un très bon souvenir de ce voyage. Le bus où nous chantions chacun notre tour au micro qui se trouvait à côté du chauffeur, tous nos jeux de mains du genre "trois petits chats, trois petits chats", j'ai encore les photos prises avec mes copines, d'un siège à l'autre, nos casquettes visées sur la tête, un paquet de chips chacune, et en avant pour Vernon.
Nous avons visité la Normandie, du moins un morceau. Rouen, avec un passage vers Jeanne d'Arc, et un résumé de son histoire. Des photos bien sûr. Ratées évidement. J'avais huits ans. Le magasin de souvenir tout plein de miniatures, de choses plus coquaces les unes que les autres. Et moi qui n'achète que des cartes postales pleines de cerisiers en fleurs et de chevaux, avec écrit en gros "Normandie". Puis avec mes cartes j'achète également deux petits phoques en peluche, un blanc pour moi, un gris pour mon petit frère de 6 mois. Je cherche encore le rapport avec la Normandie.
Mais le grand moment, immortalisé par mes photos, ça a été la visite de la reconstitution d'un drakar viking. Et les statues multiples des vikings ou bien de personnages historiques. Allez savoir pourquoi, j'ai pris en photo une statue, dont j'étais persuadée qu'elle représentait Clovis. Alors qu'à priori Clovis n'était pas Viking. Et moi tout en prenant mes photos, je m'imaginais de grands et vaillants gaillards de 1m90, blonds, avec moustaches, tresses et casques à cornes. Très Astérix le gaulois tout ça.
Nous avons vu le pont suspendu de Normandie. J'en ai pris des quantités de photos(ratées toujours) puisque grâce à lui, j'avais l'impression d'être à San Francisco, bien que ce pont là soit un tantinet plus pâle.
Mes photos étaient tantôt floues, tantôt sans intérêt réel, ou bien très mal éclairées. Mais elles sont toujours là, rangées dans un coin de ma chambre, et je ne les jette pas, malgré leur peu de valeur artistiques, justement parce qu'elles représentent très bien cet âge, cette époque. Mes copines, Elsa et Julia, les éternelles trois têtes blondes infernales que nous étions, toujours ensemble, toujours là pour taquiner, embêter, rire, jouer à la marelle et faire les imbéciles. Puis aussi mon premier voyage avec elles, mon sentiment d'être un peu grandie, d'avoir quelque chose à raconter que ni mon frère, ni ma soeur, ni mes parents ne savaient. Mon plaisir à leur acheter à chacun un dauphin en céramique, (plutôt moche avec du recul, mais plein d'attention) leur envoyer une carte postale normande. Mon bonheur en voyant ces maisons traditionnelles à pans de bois et mon émerveillement devant les falaises d'Etretat. Je rêve d'y retourner, sur cette lande quasi déserte, où déjà j'aimais l'idée de solitude mêlée à la nature. Je m'imaginais, dans une grande maison blanche, au bord des falaises, surplombant la mer, entourée d'herbe verte et de vagues terribles.
Mon appareil photo jetable n'a à première vue pas immortalisé tout ça, mais si l'on creuse bien, derrière les ombres de doigts sur les photos ou les contours floutés, il y a tout ce que j'ai vécu comme joie, à ce moment là.
Bonne journée à toutes!
PS: les photos ne sont pas de moi
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